Octobre  2009 Catherine Bergerault

Je ne marche plus seule. Je suis avec un de mes fils.

Partie depuis plusieurs années sur « mon » Chemin, j'ai marché jusqu'à Bordeaux, seule, avec mon stress d’avant le départ (j’allais me faire agresser, c’était sûr !), mes doutes (serais-je capable d’aller au bout de cette folie ?), mes pensées (mais qu’est-ce qui me pousse comme ça ? Pourquoi ? Pourquoi ?), et bien sûr, lancinants, mes malheurs aux pieds pendant plusieurs étapes... Il m’a fallu de l’humilité d’abord (pour accepter que c’est le Chemin qui est notre maître) et du courage aussi, c’est vrai, car la solitude peut être une épreuve. Le chemin est parfois bien monotone (oh ! cette route romaine entre Châtellerault et Poitiers !!!) et c’est parfois dur de ne pas pouvoir partager les petits bonheurs quotidiens… : l’odeur humide des petits matins, le crissement des blés sous le soleil, la gorgée d’eau fraîche, le ballet des lapins devant soi, la halte ombragée et les mûres chaudes dégustées dans le silence vrombissant d’insectes… C’est pendant tous ces longs kilomètres que j’ai (re)découvert de valeur de l’eau, de l’ombre et celle d’un sourire. Celui du pépé au bord du champ et celui, merveilleux et accueillant, des hospitaliers, à l’étape …

 

 

 

 

Depuis Bordeaux, je ne marche plus seule. Je suis avec un de mes fils. Nouveau Chemin pour moi. Nouveaux bonheurs : finis le stress, les peurs irraisonnées … Bonheur de l’échange mère-fils. Bonheur aussi de pouvoir alterner les temps de méditation, d’introspection et les temps de partage.
 J’ai une conscience très claire d’être une vraie privilégiée !

Quand, cette année, nous sommes repartis de Dax, mon fils et moi, je me doutais que « mon » Chemin allait être, encore une fois, différent. Je savais que nous n’allions plus être seuls. J’étais heureuse mais aussi un peu inquiète à l’idée de perdre ma solitude. A Sorde l’Abbaye, en effet, c’est le choc ! Le refuge est plein ! 11 personnes ! Jamais je n’avais vu autant de pèlerin(e)s !
C’est alors une toute autre expérience qui commence ; encore une fois « mon » Chemin se transforme ! C’est devenu un moment d’ouverture, d’échanges, non plus avec soi seul, non plus avec quelqu’un de la famille, mais avec des inconnus. Des inconnus, riches de leur projet, de leurs vies… parfois douloureuses… 

Et là, le Chemin s’ouvre sur l’Autre, devient vraiment un chemin de partage. C’est ainsi que durant 3 étapes nous avons accompagné, encouragé, soutenu deux adorables et courageuses « inconnues » dont l’une était blessée mais voulait aller « au bout ». Nous n’avons sans doute pas marché aussi vite que nous l’aurions pu (et encore, pas sûr !) mais nous avons surtout tissé de solides liens d’amitié et de fraternité. Le Chemin, c’est ça, aussi !
A Saint Jean Pied de Port, la magie du Chemin semble s’évanouir un peu. Il y a tant de monde ! L’ « autoroute » vers Roncevaux ne permet même plus d’avoir le frisson de la crainte de se perdre, les panneaux sont tellement énormes !…
Restent, quand même, la conscience et l’immense joie de participer à une très belle et très ancienne histoire de l’Homme, une histoire que chacun enrichit par son défi personnel. 
Et ça, c’est grandiose ! 
     Bon Chemin à tous. Ultréia !
                                Amitiés jacquaires
                             Octobre  2009 Catherine Bergerault